BAIKAL AUX PRINTEMPS

Autour d’un des lacs les plus profonds de ce monde, avec quelques 1600 m de profondeur, et parmi les plus vieux, juste une poignée de millions d’années, constituant 20% des réserves liquides d’eau potable de cette planète, s’est déroulé devant mes yeux un rare spectacle, dévoilant sans bruits, la magie des terres lointaines de Sibérie. Au sud de la région, sur le lac Baïkal, dont le nom évoque selon la légende, une catastrophe naturelle accompagnée d’un incendie qui cessa il y a fort longtemps, se trouve Olkhon, une île mystérieuse, chargée des esprits et légendes des ethnies Mongoles du Nord, les Bouriates. 

 

À l’approche du printemps, le silence et le froid enveloppe encore l’immense espace dont la fameuse ligne d’horizon se démarque par la glace craquelée et la steppe… Les carcasses de bateaux, les chiens-loups errants, les allures désertiques de la région sibérienne, et la charge spirituelle marquent la pesanteur de ce lieu. L’Intrigante île, ne comptant pas plus de 1300 habitants, est considérée comme ‘la Mecque’ des cultes et tradition chamaniques. Ces pratiques tendent à être transmises de génération en génération, l’influence de la colonisation russe du 17e siècle se traduit par la langue employée aujourd’hui ainsi qu’à quelques nouvelles traditions bien que leur héritage reste sacré. Des influences bouddhistes tibétaines se remarquent également de par certains drapeaux à prières, de petites pièces de tissu rectangulaires colorées et imprimées, principalement suspendues aux arbres, au croisement des chemins  ou sur le toit de certaines maisons. Lors de mon voyage retour en ‘Marchroutka’ (noms donnés aux taxis collectifs des pays d’ex Union soviétique, certains sont des vans militaires réaménagés en navettes de transport), le conducteur s’arrêta en chemin, devant un serge afin de prier. 

 

La « capitale » de l’île, Kuzhir, s’apparente plus à un village composé de maisons de bois qu’une véritable ville. Le calme y fait son règne la major partie du temps, en plein mois d’avril, les oiseaux semblerait avoir désertés. C’est seulement à la tombée de la nuit que les chiens-loups errants viennent rompre le règne du silence par leurs hurleries de toute part de l’île. La vie quotidienne des habitants de Kuzhir suit son cours, les quelques activités touristiques permettent certainement aux lieux de se développer plus rapidement. Même si l’accès à l’électricité ou à des infrastructures de bases soient accessibles, bien qu’arrivées relativement tard, l’endroit semble appartenir à une autre époque… Entourée par les montagnes, Kuzhir donnent l’impression d’être détachée du reste du monde. Une babushka qui chasse les chiens devant sa porte, le café d’ex-union soviétique désuet du coin, la télé allumée sur un programme local, les vieilles affiches touristiques jaunies, le jeune garçon pédalant, libre, sur le lac glacé lors d’une journée ensoleillée, les couchers de soleil orangés éclatants sur le bleu et le blanc du lac, ces chiens qui vous adoptent au détour d’un chemin, le décor atypique de cet endroit…

 

Ce fut une première rencontre, brève et mémorable, avec le lac Baïkal et Kuzhir, ceci n’est que ma première série là-bas. Je reviendrais… 

All rights reserved © 2020 Noemie Kadaner